
Le secteur du bâtiment et des travaux publics à La Réunion traverse une période charnière, marquée par des transformations profondes et des perspectives contrastées. Avec près de 19 000 salariés et plus de 3 600 entreprises, ce secteur structurant pour l’économie insulaire fait face à des défis majeurs : pénurie de main-d’œuvre qualifiée, volatilité de la commande publique, et mutations technologiques accélérées. Pourtant, les grands projets d’infrastructures programmés et les besoins criants en logements ouvrent des horizons prometteurs pour quiconque envisage une carrière dans ce domaine. Entre tensions conjoncturelles et opportunités structurelles, le BTP réunionnais se réinvente pour répondre aux enjeux d’un territoire en pleine expansion démographique et urbaine.
Panorama économique du secteur BTP à la réunion en 2024
Chiffre d’affaires et contribution au PIB régional
Le secteur du BTP à La Réunion représente un poids économique considérable, contribuant à hauteur de 7 à 8% du PIB régional. En 2024, le chiffre d’affaires global du secteur s’est maintenu autour de 2,3 milliards d’euros, malgré un contexte marqué par l’inflation et la hausse des coûts de production. Cette performance témoigne de la résilience d’un secteur qui, bien qu’affecté par les crises successives depuis 2020, continue de jouer un rôle moteur dans l’économie insulaire. Les entreprises de bâtiment génèrent environ 60% de ce chiffre d’affaires, tandis que les travaux publics en représentent 40%. La construction de logements neufs et la réhabilitation du parc existant constituent les principales sources de revenus, suivies par les grands chantiers d’infrastructures publiques. L’index général du BTP, stabilisé autour de 131 points fin 2024, reflète néanmoins la persistance de tensions sur les coûts des matériaux, qui pèsent sur les marges des entreprises et renchérissent les prix finaux pour les maîtres d’ouvrage.
Cartographie des entreprises : TPE, PME et grands groupes comme colas réunion et GTOI
Le tissu entrepreneurial du BTP réunionnais se caractérise par une forte atomisation. Sur les 3 606 entreprises recensées en 2024 par la Caisse de Congés Payés du BTP, près de 70% sont des très petites entreprises (TPE) employant moins de 10 salariés. Cette proportion a d’ailleurs augmenté avec une hausse de 21% des structures sans salarié, révélant un mouvement vers l’auto-entrepreneuriat et la sous-traitance spécialisée. Les PME de 10 à 50 salariés représentent environ 25% du secteur et constituent l’épine dorsale de l’activité, assurant la majorité des chantiers de taille intermédiaire. Au sommet de la pyramide, une dizaine de grands groupes dominent le marché des infrastructures lourdes : GTOI, Colas Réunion, Razel-Bec Réunion, SBTPC Sogea Réunion, ou encore Equans se partagent les marchés publics d’envergure. Ces mastodontes emploient plusieurs centaines de salariés et disposent de capacités techniques et financières permettant de répondre aux appels d’offres les plus complexes. Leur présence structure le marché local et offre des opportunités de sous-traitance pour les entreprises de taille plus modeste.
Évolution du nombre de chantiers publics et privés depuis 2020
Depuis 2020, le nombre de chantiers de construction à La Réunion a connu une évolution en dents de scie, reflet des à-coups conjoncturels. Après un net ralentissement en 2020-2021 lié à la crise sanitaire et aux difficultés d’approvisionnement, 2022 a marqué un début de reprise, avant un nouveau tassement en 2023 et début 2024. Selon la CERBTP, environ 5 500 logements ont été mis en chantier en 2024, un volume quasi stable par rapport à 2023, mais encore inférieur aux pics observés à la fin des années 2010. Les chantiers privés de logements individuels ont particulièrement reculé, tandis que les opérations collectives et les programmes portés par des bailleurs sociaux ont pris le relais.
Du côté des travaux publics, la dynamique est restée très dépendante de la succession des grands projets structurants. La fin progressive de certains chantiers majeurs a entraîné une baisse du volume global des marchés, notamment dans le génie civil et les travaux portuaires. Entre 2020 et 2024, le nombre de consultations de travaux a diminué d’environ 15 à 20%, avec un creux notable en 2024. Les entreprises ont dû composer avec un carnet de commandes moins lisible, alternant périodes de forte activité et phases de creux, ce qui complique la stabilisation de l’emploi et des investissements matériels. C’est dans ce contexte contrasté que la reprise observée au deuxième trimestre 2025 prend tout son sens : elle traduit un début de normalisation, sans pour autant effacer les fragilités accumulées.
Impact de la commande publique : NRL, tramway, et infrastructures portuaires
À La Réunion, la commande publique joue un rôle de véritable colonne vertébrale pour le BTP. Les grands chantiers comme la Nouvelle Route du Littoral (NRL), les projets de transport en commun type tramway ou BHNS, et les infrastructures portuaires structurent l’activité sur plusieurs années. Quand ces projets avancent à bon rythme, tout l’écosystème en bénéficie : majors du BTP, PME de travaux publics, carrières, transporteurs, mais aussi bureaux d’études et cabinets d’ingénierie. À l’inverse, au moindre ralentissement budgétaire ou report de calendrier, l’effet domino est immédiat sur l’emploi, l’intérim et la trésorerie des entreprises.
En 2024, les crédits de paiement dédiés aux travaux publics ont reculé de près d’un quart, à environ 305 millions d’euros, avec une forte concentration sur les routes nationales. Les investissements dans les infrastructures portuaires, pourtant stratégiques pour une île dépendante de ses importations, ont fortement diminué, entraînant un trou d’air pour les entreprises spécialisées en génie civil maritime. Les discussions autour de futurs projets de tramway ou de renforcement des réseaux de transport en commun laissent entrevoir de nouvelles perspectives à moyen terme, mais les arbitrages politiques et financiers restent déterminants. Pour qui souhaite travailler dans le BTP réunionnais, comprendre cette dépendance à la commande publique, c’est un peu comme lire la météo avant de partir en randonnée : cela permet d’anticiper les périodes de beau temps… et les risques d’orage.
Dynamique de l’emploi dans le BTP réunionnais : chiffres et tendances
Volume des effectifs salariés et répartition par corps de métiers
En 2024, le BTP réunionnais a compté environ 19 275 salariés déclarés à la Caisse des Congés Payés du BTP, soit une légère baisse par rapport à 2023. Cette érosion globale masque toutefois des situations contrastées selon les métiers. Les ouvriers qualifiés de gros œuvre (maçons, coffreurs-boiseurs, ferrailleurs) représentent toujours le cœur des effectifs, suivis par les conducteurs d’engins, les ouvriers VRD (voirie et réseaux divers) et les professionnels du second œuvre (électriciens, plombiers, menuisiers). Les fonctions d’encadrement – chefs de chantier, conducteurs de travaux, techniciens études de prix – demeurent en nombre plus réduit, mais fortement sollicitées sur les grands projets.
On observe également une montée en puissance des métiers techniques liés aux équipements et à la performance énergétique des bâtiments : techniciens en génie climatique, frigoristes, spécialistes en ventilation ou en étanchéité à l’air sont de plus en plus recherchés. La demande pour ces compétences croît à mesure que les normes thermiques et environnementales se renforcent. Pour un candidat à la reconversion, cela signifie que les opportunités ne se limitent plus aux métiers « traditionnels » du BTP, mais s’étendent à tout un éventail de fonctions techniques et de postes d’encadrement intermédiaire.
Taux de recrutement des maçons, coffreurs-boiseurs et conducteurs d’engins
Les métiers de maçon, coffreur-boiseur et conducteur d’engins figurent parmi les plus recrutés du BTP à La Réunion. Selon les enquêtes de besoin en main-d’œuvre, plusieurs centaines de postes sont proposés chaque année dans ces familles de métiers, avec des difficultés récurrentes à les pourvoir. Pourquoi ces métiers restent-ils en tension alors qu’ils sont au cœur des chantiers ? D’une part, ils exigent des aptitudes physiques, une bonne résistance aux conditions de travail en extérieur et un sens aigu de la sécurité. D’autre part, ils nécessitent des compétences techniques qui s’acquièrent par la formation initiale, l’apprentissage ou l’expérience de terrain.
Les maçons et coffreurs-boiseurs qualifiés, capables de lire des plans, de respecter des tolérances précises et de travailler en coordination avec les autres corps d’état, voient leurs chances d’embauche augmenter considérablement. Les conducteurs d’engins, titulaires de CACES adaptés (pelles hydrauliques, chargeuses, chariots télescopiques, etc.), bénéficient également d’une forte employabilité, notamment sur les chantiers de terrassement, de routes et de réseaux. Pour un jeune ou un adulte en reconversion, se positionner sur ces métiers en tension, via un CAP, un titre professionnel ou une formation qualifiante, peut constituer une véritable passerelle vers un emploi durable dans le BTP réunionnais.
Indicateurs de tension sur les métiers qualifiés : électriciens et plombiers-chauffagistes
Si les besoins sont importants dans le gros œuvre, les métiers qualifiés du second œuvre ne sont pas en reste. Les électriciens bâtiment et tertiaire, ainsi que les plombiers-chauffagistes et techniciens en génie climatique, figurent régulièrement parmi les professions en tension à La Réunion. Les indicateurs de Pôle Emploi montrent une proportion significative d’offres non pourvues, faute de candidats suffisamment qualifiés ou immédiatement opérationnels. Cette tension s’explique par la montée des exigences réglementaires (normes NF C 15-100, RTAA DOM, sécurité incendie) et par la généralisation des équipements techniques dans les logements et bâtiments tertiaires.
À cela s’ajoute la transition énergétique, qui renforce la demande en compétences liées aux chauffe-eaux solaires, aux climatisations performantes, aux systèmes de ventilation et aux installations photovoltaïques. Un électricien capable d’intervenir sur des installations basse tension et de préparer l’intégration de panneaux solaires, ou un plombier maîtrisant la pose de chauffe-eaux solaires et de systèmes de récupération d’eau de pluie, se positionne clairement comme un profil recherché. On pourrait comparer ces métiers à des « neurones » du bâtiment : invisibles à première vue, mais indispensables à son bon fonctionnement.
Apprentissage et alternance : données de la CCIR et du CFA BTP réunion
L’apprentissage et l’alternance constituent des leviers majeurs pour répondre aux besoins de main-d’œuvre du secteur. À La Réunion, le CFA BTP et les centres de formation relevant de la Chambre de Commerce et d’Industrie (CCIR) forment chaque année plusieurs centaines d’apprentis dans les métiers du bâtiment et des travaux publics. Les CAP maçon, menuisier, électricien, plombier, constructeur de routes ou encore installateur thermique sont particulièrement représentés. Malgré les difficultés conjoncturelles, les entreprises continuent d’accueillir des alternants, y voyant un moyen de préparer la relève et de transmettre les savoir-faire.
Les chiffres récents montrent toutefois un léger tassement des entrées en formation dans certaines filières traditionnelles, au profit de nouveaux cursus plus techniques ou plus « verts ». Les jeunes hésitent parfois à s’orienter vers le BTP, en raison d’images encore marquées par la pénibilité ou la précarité des emplois. C’est précisément pour contrer ces idées reçues que des événements comme les « Coulisses du BTP » sont organisés, afin de montrer des chantiers modernes, des équipements innovants et des trajectoires de carrière valorisantes. Pour vous, futur apprenti ou salarié en alternance, ces dispositifs sont une occasion idéale de tester un métier sur le terrain tout en sécurisant un diplôme reconnu.
Défis structurels du marché du travail BTP insulaire
Inadéquation entre offres d’emploi et profils disponibles sur pôle emploi réunion
Un des paradoxes du BTP réunionnais tient dans la coexistence de postes non pourvus et d’un chômage encore élevé. Pôle Emploi Réunion recense de nombreuses offres d’emploi dans les métiers du gros œuvre, du second œuvre et de la conduite de chantier, tandis que plusieurs milliers de demandeurs d’emploi déclarent rechercher un poste dans la construction. Comment expliquer cette inadéquation ? D’abord par un décalage entre les compétences requises par les entreprises et celles détenues par les candidats : absence de diplômes spécifiques, manque d’expérience récente sur chantier, ou non-maîtrise de certaines normes de sécurité.
S’ajoutent des freins liés aux conditions de travail (horaires décalés, déplacements, travail en extérieur) et aux exigences de mobilité sur l’île. De nombreuses entreprises recherchent des profils immédiatement opérationnels, capables de s’intégrer rapidement à une équipe et de respecter les cadences. Dans ce contexte, les dispositifs de formation courte, de remise à niveau et de validation des acquis de l’expérience (VAE) jouent un rôle central. Pour un demandeur d’emploi, accepter de passer par une phase de formation ou de préqualification peut faire la différence entre une recherche longue et un retour rapide à l’emploi dans le BTP.
Pénurie de main-d’œuvre qualifiée face aux projets d’envergure
Lorsqu’un projet d’envergure démarre – qu’il s’agisse d’une infrastructure routière majeure, de la réhabilitation d’un quartier ou de la construction d’un équipement public – la demande en main-d’œuvre qualifiée explose. La Réunion, en tant que territoire insulaire, ne peut pas toujours compter sur un afflux rapide de travailleurs venus d’ailleurs, contrairement à certaines régions métropolitaines. Résultat : les mêmes profils sont sollicités par plusieurs entreprises en même temps, ce qui crée une pénurie ponctuelle mais intense sur certains métiers clés. Les chefs de chantier expérimentés, les conducteurs de travaux, les topographes ou les techniciens en études de prix sont particulièrement concernés.
Cette situation pousse parfois les entreprises à pratiquer une forme de « chasse aux talents » locale, en proposant des évolutions de poste rapides ou des conditions attractives pour fidéliser leurs salariés. Mais elle souligne aussi l’importance d’anticiper les besoins, en formant en amont les futurs professionnels. Pour les jeunes Réunionnais, c’est une réelle opportunité : se spécialiser sur ces métiers à forte valeur ajoutée, c’est s’assurer une place stratégique dans les projets structurants de l’île. Pour les adultes en reconversion, viser ces postes suppose souvent un passage par la formation continue ou des titres professionnels ciblés, mais les perspectives de carrière et de rémunération sont au rendez-vous.
Problématiques de mobilité géographique entre Saint-Denis, Saint-Pierre et l’est
La géographie de La Réunion ajoute une contrainte spécifique au marché du travail du BTP : la mobilité entre les différents bassins d’emploi. Un chantier peut être situé à Saint-Denis aujourd’hui, à Saint-Pierre ou dans l’Est quelques mois plus tard. Or, tous les salariés ne disposent pas d’un véhicule ou ne sont pas prêts à faire plus d’une heure de route matin et soir pour se rendre sur leur lieu de travail. Les embouteillages récurrents sur certaines portions de la route littorale ou de la RN1 accentuent ce frein à la mobilité, en rallongeant les temps de trajet.
Pour les entreprises, cette réalité se traduit par des difficultés accrues à recruter dans certaines zones, malgré une offre d’emploi significative. Certaines mettent en place des solutions, comme le covoiturage organisé, la mise à disposition de véhicules ou des indemnités de déplacement renforcées. Pour vous, candidat, accepter une certaine mobilité géographique élargit fortement le champ des possibles : être prêt à travailler aussi bien au Nord qu’au Sud ou à l’Est, c’est souvent multiplier ses chances d’embauche. De plus en plus, les acteurs publics et professionnels réfléchissent à des solutions collectives pour mieux connecter les zones d’habitat et les zones de chantiers, car sans mobilité, pas de véritable fluidité sur le marché de l’emploi du BTP.
Programmes de formation et certification professionnelle dans le BTP
Offre de formation du GRETA réunion et de l’AFPA Saint-Pierre
Pour répondre aux besoins en compétences du BTP réunionnais, l’offre de formation s’est étoffée et structurée autour de plusieurs acteurs majeurs. Le GRETA Réunion propose des formations pour adultes dans les principaux métiers du bâtiment et des travaux publics : maçonnerie, électricité, plomberie, menuiserie, peinture, mais aussi technicien d’études du bâtiment ou dessinateur-projeteur. Ces parcours peuvent être suivis dans le cadre du plan de développement des compétences des entreprises, du CPF ou de dispositifs régionaux de formation des demandeurs d’emploi.
L’AFPA de Saint-Pierre complète ce dispositif avec une palette de titres professionnels très opérationnels : maçon, coffreur-bancheur, façadier, conducteur d’engins de chantier, monteur en structures métalliques, ou encore technicien en froid et climatisation. L’accent est mis sur la mise en situation réelle, en atelier et sur plateaux techniques, afin que les stagiaires soient rapidement employables. Vous vous demandez comment financer une telle formation dans le BTP ? Entre Pôle Emploi, la Région Réunion, le CPF et parfois les OPCO des entreprises, plusieurs solutions existent pour limiter, voire supprimer, le reste à charge.
Titres professionnels et CAP en maçonnerie, menuiserie et génie climatique
Les diplômes et certifications constituent un véritable passeport pour l’emploi dans le BTP. Les CAP (Certificat d’Aptitude Professionnelle) restent la base pour accéder aux métiers d’ouvrier qualifié : CAP Maçon, CAP Menuisier installateur, CAP Électricien, CAP Monteur en installations thermiques ou sanitaires, etc. À La Réunion, ces formations sont dispensées en lycée professionnel, en CFA ou en centre de formation pour adultes, souvent en alternance. Elles offrent un premier niveau de qualification reconnu par les entreprises et ouvrent des perspectives d’évolution vers le BP (Brevet Professionnel) ou le BTS.
Les titres professionnels du Ministère du Travail jouent également un rôle important, en particulier pour les adultes en reconversion ou les demandeurs d’emploi. Ils permettent d’acquérir en 8 à 12 mois un niveau de compétence ciblé sur un métier précis, comme maçon, coffreur-bancheur, menuisier aluminium-verre ou technicien en génie climatique. On peut comparer ces titres à des « raccourcis » vers l’emploi : plus courts que des cursus scolaires classiques, mais très centrés sur les gestes professionnels et la réalité des chantiers. Pour le BTP réunionnais, disposer d’un vivier de salariés certifiés sur ces métiers est indispensable pour relever les défis des chantiers de demain.
Formations continues : CACES, habilitations électriques et prévention BTP
Au-delà de la formation initiale, la formation continue est un passage obligé pour rester employable et évolutif dans le BTP. Les CACES (Certificats d’Aptitude à la Conduite en Sécurité) pour les engins de chantier, les nacelles ou les chariots élévateurs sont devenus incontournables pour les conducteurs d’engins et de nombreuses catégories d’ouvriers. De même, les habilitations électriques (B0, H0, B1V, etc.) sont désormais exigées pour intervenir en sécurité sur les installations, même pour des opérations simples de maintenance ou de dépannage.
La prévention des risques fait également l’objet de nombreuses formations : gestes et postures, travail en hauteur, port du harnais, montage et démontage d’échafaudages, ou encore sécurité routière pour les déplacements professionnels. À la manière d’une ceinture de sécurité en voiture, ces habilitations et certifications ne se voient pas toujours, mais elles protègent le salarié et rassurent l’employeur. Pour vous, investir du temps dans ces formations, c’est augmenter votre valeur sur le marché de l’emploi du BTP réunionnais, tout en renforçant votre sécurité au quotidien sur les chantiers.
Dispositifs d’accompagnement de la FEEBTP réunion et de la CAPEB
Les organisations professionnelles jouent un rôle clé dans l’accompagnement des entreprises et des salariés. La FEEBTP Réunion (Fédération de l’Équipement et de l’Environnement du BTP) et la CAPEB (Confédération de l’Artisanat et des Petites Entreprises du Bâtiment) proposent des services d’appui en matière de formation, de gestion des compétences et de montée en qualification. Elles informent les chefs d’entreprise des dispositifs de financement disponibles, des évolutions réglementaires et des besoins émergents en matière de compétences (numérique, performance énergétique, gestion des déchets de chantier, etc.).
Pour les salariés et les porteurs de projet, ces structures peuvent également être des points d’entrée vers des parcours d’accompagnement : diagnostics de compétences, appui à la VAE, conseils pour accéder à une formation qualifiante ou à un titre professionnel. En travaillant de concert avec les organismes de formation, Pôle Emploi, Mon CEP et les institutions locales, elles contribuent à structurer une véritable filière de formation BTP à La Réunion. Si vous êtes artisan ou micro-entrepreneur dans le bâtiment, vous rapprocher de la CAPEB peut, par exemple, vous aider à mieux organiser votre montée en compétences et celle de vos salariés.
Perspectives de développement et projets structurants à horizon 2030
Chantiers programmés : extension de l’aéroport roland garros et rénovation urbaine
À l’horizon 2030, plusieurs projets structurants devraient soutenir l’activité du BTP réunionnais. L’extension et la modernisation de l’aéroport Roland Garros, déjà entamées, vont se poursuivre afin d’augmenter les capacités d’accueil, de sécuriser les infrastructures et d’améliorer le confort des passagers. Ce type de chantier mobilise un large éventail de compétences : gros œuvre, génie civil, charpente métallique, second œuvre, fluides, systèmes de sécurité et de contrôle, etc. Il génère également des retombées pour les entreprises locales de maintenance et de services.
Parallèlement, les programmes de rénovation urbaine dans plusieurs communes – Saint-Denis, Saint-Pierre, Le Port, Saint-André, entre autres – prévoient la réhabilitation de quartiers entiers, la rénovation thermique de logements sociaux, la création d’équipements publics et la requalification des espaces publics. Ces opérations, souvent étalées sur plusieurs années, offrent une visibilité précieuse aux entreprises du BTP, du gros œuvre à la finition. Pour vous qui envisagez une carrière dans ce secteur, ces chantiers de long terme représentent autant d’occasions de construire un parcours professionnel évolutif, en passant d’ouvrier débutant à compagnon confirmé, puis à chef d’équipe ou chef de chantier.
Transition énergétique et construction durable : normes RTAA DOM et bâtiments BBC tropicaux
La transition énergétique est un axe majeur de développement pour le BTP réunionnais d’ici 2030. La réglementation thermique, acoustique et aération dans les DOM (RTAA DOM) impose déjà des exigences spécifiques pour limiter les consommations d’énergie, favoriser la ventilation naturelle et améliorer le confort thermique dans un climat tropical. Les bâtiments à basse consommation adaptés aux zones tropicales (BBC tropicaux) se développent progressivement, avec une attention particulière portée à l’orientation des constructions, à la protection solaire, à l’isolation des toitures et à la performance des équipements techniques.
Concrètement, cela signifie que les métiers du BTP doivent intégrer de nouvelles connaissances et de nouveaux réflexes : choix de matériaux performants, maîtrise des ponts thermiques, pose de menuiseries adaptées, intégration de solutions solaires actives (photovoltaïque) ou passives (brise-soleil, auvents, végétalisation). Un maçon ou un menuisier formé aux exigences RTAA DOM, un électricien habitué au dimensionnement d’installations photovoltaïques, ou un technicien en génie climatique spécialisé dans les climatisations performantes seront particulièrement recherchés. On peut dire que la construction durable devient, pour le BTP réunionnais, ce que la ceinture verte est pour une ville : un atout structurel pour l’avenir, mais qui demande une planification et des compétences adaptées.
Digitalisation du secteur : maquette numérique BIM et gestion de chantiers connectés
La digitalisation du BTP ne concerne pas uniquement les grandes métropoles : à La Réunion aussi, les outils numériques gagnent du terrain. Le BIM (Building Information Modeling), ou maquette numérique, commence à s’imposer sur les projets complexes, notamment dans le tertiaire, les équipements publics et certaines opérations de logement collectif. Il permet de concevoir le bâtiment en 3D, de coordonner les différents corps d’état, d’anticiper les conflits techniques et d’optimiser le phasage des travaux. Pour les conducteurs de travaux, les dessinateurs-projeteurs et les techniciens de bureau d’études, la maîtrise d’un logiciel BIM devient un atout de plus en plus déterminant.
Sur le terrain, la gestion de chantiers connectés se développe également : tablettes pour le suivi de l’avancement, applications pour la gestion des stocks et des commandes, outils de planification collaboratifs, voire drones pour le suivi des ouvrages d’art ou des grands terrassements. Pour vous, futur professionnel du BTP réunionnais, cela signifie que les compétences numériques – même de base – prendront une importance croissante, quel que soit votre métier. Le secteur reste concret et technique, mais il se dote d’outils digitaux qui transforment la manière de concevoir, construire et entretenir les ouvrages.
Stratégies d’insertion professionnelle et attractivité des métiers du BTP
Face aux tensions sur l’emploi et aux besoins de recrutement, les acteurs du BTP réunionnais déploient plusieurs stratégies pour renforcer l’insertion professionnelle et l’attractivité des métiers. Les « Coulisses du BTP », organisées chaque année avec la FRBTP, en sont un bon exemple : des chantiers emblématiques sont ouverts aux jeunes, aux demandeurs d’emploi et aux personnes en reconversion, afin de leur faire découvrir la diversité des métiers, les conditions réelles de travail et les perspectives d’évolution. En sortant des préjugés – « métiers trop durs », « salaires peu attractifs » – ces événements contribuent à redonner du sens et de la visibilité à toute une filière.
Les parcours d’accompagnement, comme Mon Conseil en Évolution Professionnelle (Mon CEP), jouent également un rôle clé pour sécuriser les transitions professionnelles vers le BTP. Ils permettent de faire le point sur ses compétences, de repérer les métiers qui recrutent à La Réunion, puis de construire un projet réaliste en mobilisant les bonnes formations et les bons financements. De plus en plus, les entreprises s’impliquent directement dans ces démarches, en proposant des immersions professionnelles, des PMSMP (périodes de mise en situation en milieu professionnel) ou des pré-recrutements via l’alternance. Si vous vous demandez encore si le BTP réunionnais est un secteur d’avenir pour l’emploi, il suffit de regarder la convergence de ces initiatives : besoins structurels en logements et en infrastructures, transition énergétique, digitalisation et mobilisation des acteurs de la formation. Autant de signaux qui montrent que, malgré les turbulences, le BTP restera un pilier de l’économie réunionnaise et une source durable d’opportunités professionnelles.