La Réunion connaît depuis plusieurs décennies une transformation profonde de son tissu économique, marquée par une intensification du recours à la sous-traitance dans de nombreux secteurs d’activité. Cette évolution, loin d’être anodine, redessine les contours du marché du travail réunionnais et interroge sur la qualité de l’emploi local. Entre dynamisme économique apparent et précarisation masquée, la réalité de la sous-traitance à La Réunion révèle des enjeux majeurs pour les 350 000 salariés que compte le département. L’externalisation croissante des activités par les grandes entreprises donneuses d’ordre soulève des questions cruciales : qui sont réellement les bénéficiaires de cette organisation productive ? Les salariés des sous-traitants jouissent-ils des mêmes droits et conditions que leurs homologues employés directement par les grandes structures ? Dans un contexte insulaire où le taux de chômage demeure structurellement élevé, avoisinant régulièrement les 20%, comprendre les mécanismes de la sous-traitance devient essentiel pour appréhender les défis de l’emploi réunionnais.

Panorama de la sous-traitance réunionnaise : secteurs clés et donneurs d’ordre

L’économie réunionnaise s’organise autour de secteurs majeurs où la sous-traitance occupe une place prépondérante. Cette configuration productive façonne directement l’emploi local et détermine les conditions de travail de milliers de Réunionnais. Les grands donneurs d’ordre, qu’ils soient publics ou privés, structurent des chaînes de valeur complexes qui génèrent à la fois opportunités et vulnérabilités.

La cartographie de la sous-traitance révèle une concentration sectorielle marquée, avec des pratiques d’externalisation qui varient considérablement selon les domaines d’activité. Cette répartition inégale influence directement la nature des emplois créés, leur stabilité et leur rémunération. Comprendre cette géographie économique permet d’identifier les zones de fragilité du marché du travail insulaire.

Le BTP et les grands chantiers d’infrastructure : NRL, Tram-Train et projets portuaires

Le secteur du bâtiment et des travaux publics constitue historiquement le terrain d’élection de la sous-traitance à La Réunion. Les grands projets d’infrastructure comme la Nouvelle Route du Littoral (NRL), dont le coût dépasse 1,7 milliard d’euros, ou le projet abandonné de Tram-Train, ont généré une cascade de contrats de sous-traitance impliquant des dizaines d’entreprises locales. Ces chantiers mobilisent simultanément des sous-traitants de premier, deuxième, voire troisième rang, créant une hiérarchie complexe où la dépendance économique s’intensifie à chaque niveau.

Les entreprises principales du BTP réunionnais, souvent filiales de groupes hexagonaux comme Vinci ou Bouygues, externalisent massivement les tâches d’exécution vers des PME locales. Cette organisation permet aux donneurs d’ordre d’ajuster rapidement leurs effectifs selon l’avancement des projets, tout en transférant les risques économiques et juridiques vers leurs prestataires. Les chantiers portuaires de Port-Réunion ou du Port-Ouest illustrent également cette logique, où les opérations de manutention, de maintenance ou de gardiennage sont systématiquement confiées à des sous-traitants spécialisés.

Cette configuration génère une forte volatilité de l’emploi dans le secteur. Les salariés des sous-traitants du BTP alternent fréquemment périodes d’activité intense

et périodes de creux, au gré des appels d’offres et des calendriers de chantier. Cette discontinuité se traduit par une succession de contrats courts, parfois de quelques semaines seulement, avec un recours important aux CDD et à l’intérim, en particulier pour les postes d’ouvriers non qualifiés ou peu qualifiés. Pour de nombreux travailleurs, l’accès à un emploi durable dans le BTP passe ainsi par une trajectoire professionnelle fragmentée, rythmée par les sous-traitances en cascade.

La sous-traitance informatique et services numériques : ESN locales versus délocalisées

Au-delà du BTP, la sous-traitance s’est fortement développée dans le numérique à La Réunion. Les entreprises de services du numérique (ESN) locales interviennent comme sous-traitants des grandes administrations, des banques ou des opérateurs télécoms, mais aussi de maisons-mères basées en métropole. Conception d’applications, maintenance de parcs informatiques, infogérance, cybersécurité : une partie croissante de ces activités est externalisée, créant un volume non négligeable d’emplois indirects sur l’île.

Cette sous-traitance informatique réunionnaise se joue toutefois à deux échelles. D’un côté, des ESN locales, souvent de petite taille, se positionnent sur des marchés publics ou parapublics, avec des équipes ancrées dans le territoire. De l’autre, des prestataires délocalisés, notamment à Madagascar, à Maurice ou en Inde, proposent des services à moindre coût, parfois via des filiales de groupes déjà présents à La Réunion. Les donneurs d’ordre arbitrent alors entre ancrage local et logique purement budgétaire.

Pour les emplois à La Réunion, l’enjeu est de taille : une partie des projets digitaux peut être réalisée à distance, ce qui rend la concurrence internationale très vive. Quand un marché informatique est confié à une ESN métropolitaine ou mauricienne, les retombées en termes d’emplois qualifiés sur l’île se réduisent mécaniquement. À l’inverse, lorsque les marchés intègrent des clauses de présence locale ou de transfert de compétences, ils peuvent soutenir l’émergence d’emplois stables de développeurs, techniciens systèmes ou chefs de projet.

La frontière entre sous-traitance locale et externalisation offshore devient alors déterminante pour l’emploi réunionnais. Plus la chaîne de valeur numérique se déplace hors du territoire, plus les jeunes diplômés en informatique peinent à trouver un emploi correspondant à leur niveau de qualification. À l’échelle macroéconomique, cette dynamique pose une question simple : comment faire de la sous-traitance numérique un moteur de montée en compétences, plutôt qu’un vecteur de fuite de valeur ajoutée hors du département ?

L’externalisation dans le tertiaire : centres d’appels, comptabilité et RH mutualisées

Le secteur tertiaire réunionnais est lui aussi fortement concerné par la sous-traitance, notamment via les services aux entreprises. Centres d’appels, gestion de la relation client, comptabilité externalisée, paie et ressources humaines mutualisées : autant d’activités qui se développent à la frontière entre emploi direct et emploi sous-traité. De grandes enseignes de distribution, des banques, des mutuelles ou des opérateurs télécoms recourent à ces prestataires pour gagner en flexibilité et réduire leurs coûts fixes.

Les centres d’appels constituent un exemple emblématique. Installés principalement dans les grandes agglomérations comme Saint-Denis ou Le Port, ils emploient plusieurs centaines de salariés sur l’île, souvent dans le cadre de contrats à durée déterminée ou de CDI à temps partiel. Une partie de ces plateaux téléphoniques travaille pour des donneurs d’ordre locaux, mais beaucoup répondent aussi à des marchés métropolitains, voire internationaux. L’emploi créé est réel, mais la dépendance économique vis-à-vis de quelques gros clients rend ces structures particulièrement vulnérables aux fluctuations d’activité.

Dans la comptabilité, la paie ou les ressources humaines, les systèmes de « services partagés » ou de « back-office externalisé » se multiplient. Des cabinets ou sociétés spécialisées, parfois adossés à des groupes d’expertise comptable, gèrent la paie de dizaines de TPE-PME ou d’associations locales. Pour les employeurs, l’intérêt est clair : se concentrer sur leur cœur de métier. Pour les salariés, en revanche, le déplacement de la fonction support vers un prestataire externe signifie souvent un changement d’employeur, de convention collective, voire de perspectives de carrière.

Dans ces services tertiaires sous-traités, les emplois réunionnais sont majoritairement des postes d’employés administratifs, de téléconseillers ou d’assistants comptables. La question n’est pas seulement le nombre d’emplois créés, mais leur qualité : conditions de travail en plateaux, horaires décalés, pression sur les objectifs, marges de progression limitées. À long terme, c’est l’architecture même du salariat réunionnais qui se recompose, avec une part croissante d’emplois support situés hors des entreprises « donneuses d’ordre ».

Le secteur agricole et agro-alimentaire : conditionnement de la canne à sucre et transformation

Le secteur agricole et agro-alimentaire, pilier historique de l’économie réunionnaise, n’échappe pas non plus à la logique de sous-traitance. Autour de la filière canne-sucre-rhum-énergie se déploie un ensemble de prestataires : entreprises de coupe mécanique, sociétés de transport, ateliers de maintenance, entreprises de nettoyage industriel, prestataires de sécurité. Chaque campagne sucrière mobilise ainsi un vaste tissu de sous-traitants, dont l’activité est étroitement corrélée aux volumes traités par les usines sucrières et distilleries.

Les emplois indirects liés au conditionnement et à la transformation de la canne à sucre sont souvent saisonniers. De nombreux salariés enchaînent des contrats courts au rythme des récoltes, complétés parfois par d’autres missions dans l’agro-alimentaire (conditionnement de fruits, transformation de produits laitiers, etc.). Comme dans le BTP, on observe une sous-traitance en cascade : une grande entreprise agro-industrielle confie une partie de ses opérations à un sous-traitant, qui lui-même peut recourir à des prestataires plus petits, notamment pour les tâches les plus intensives en main-d’œuvre.

Cette organisation permet une grande souplesse pour absorber les pics d’activité, mais elle accentue la précarité pour les salariés qui se trouvent en bout de chaîne. Les contrats à durée limitée sont particulièrement fréquents dans ces métiers, comme l’a montré l’INSEE pour l’ensemble du secteur privé réunionnais, où près d’un quart des salariés travaillaient déjà sous contrat temporaire en 2019. Dans la filière canne-sucre, la dépendance à la saison et aux cours mondiaux renforce cette fragilité structurelle.

À l’inverse, lorsque les relations de sous-traitance s’inscrivent dans la durée, certains prestataires parviennent à stabiliser des emplois qualifiés : techniciens de maintenance industrielle, conducteurs d’engins, responsables qualité. On voit alors apparaître de véritables « métiers de la sous-traitance » ancrés localement. Toute la question est de savoir si ces trajectoires positives demeureront l’exception ou si elles peuvent devenir la norme dans un secteur encore largement dominé par l’emploi saisonnier et la flexibilité à court terme.

Dynamiques d’emploi direct versus emploi indirect dans l’économie réunionnaise

La montée en puissance de la sous-traitance à La Réunion transforme profondément la structure de l’emploi. Au-delà du simple nombre de postes créés, c’est la répartition entre emplois directs (salariés des grandes entreprises ou administrations) et emplois indirects (salariés des sous-traitants, prestataires ou intérimaires) qui se redessine. Or, cette distinction n’est pas neutre : elle conditionne les niveaux de salaire, la stabilité des contrats, l’accès à la formation et les perspectives de carrière.

L’économie réunionnaise, marquée par un chômage structurel élevé, repose de plus en plus sur des chaînes de valeur où quelques donneurs d’ordre concentrent le pouvoir économique et délèguent l’exécution à un réseau de prestataires. Cette organisation favorise une flexibilité accrue, mais contribue aussi à segmenter le marché du travail entre un « noyau dur » de salariés relativement protégés et une périphérie d’emplois plus précaires. Comment ces flux de main-d’œuvre circulent-ils entre entreprises principales et sous-traitants ?

Analyse des flux de main-d’œuvre entre entreprises donneuses d’ordre et sous-traitants

Les relations de sous-traitance génèrent des flux permanents de main-d’œuvre entre entreprises donneuses d’ordre et sous-traitants. À La Réunion, ces mouvements sont particulièrement visibles dans le BTP, la logistique, la sécurité privée ou le nettoyage industriel. Lorsqu’un marché est remporté par une nouvelle entreprise, des équipes entières peuvent passer, de fait, d’un employeur à un autre, parfois sans que le contenu du travail quotidien ne change réellement.

Dans un premier scénario, les salariés sont « transférés » d’un prestataire à un autre lors du changement de contrat, parfois sous la protection du droit (reprise du personnel prévue par certains accords de branche ou clauses contractuelles). Dans un deuxième scénario, plus défavorable, les contrats des salariés se terminent et de nouveaux recrutements sont réalisés, souvent à des conditions moins avantageuses. Dans les deux cas, la stabilité de l’emploi dépend moins du besoin réel de main-d’œuvre que des décisions d’externalisation des donneurs d’ordre.

On observe également un flux inverse, plus discret, de salariés de sous-traitants recrutés ensuite par les entreprises principales. Pour certains travailleurs, la sous-traitance sert ainsi de « sas » ou de marchepied vers un emploi direct mieux protégé, notamment dans les secteurs publics ou parapublics. Mais ces trajectoires restent minoritaires au regard de l’ensemble des effectifs sous-traités. Le plus souvent, les salariés demeurent cantonnés dans un univers de prestataires, où les mobilités se font surtout de sous-traitant en sous-traitant.

Ce jeu de chaises musicales a un impact concret sur les parcours professionnels à La Réunion. Les biographies professionnelles sont plus fragmentées, les périodes de chômage intermédiaire plus fréquentes, et l’ancienneté dans la même entreprise plus rare pour les salariés des sous-traitants. À long terme, cette fluidité apparente se paye en insécurité : les salariés supportent les aléas des contrats commerciaux, là où les donneurs d’ordre conservent une position relativement stable au sommet de la chaîne.

Les données INSEE sur l’emploi salarié et les contrats de prestation à la réunion

Les statistiques de l’INSEE et de la Dares permettent d’éclairer ce basculement vers un salariat plus fragmenté. En 2019, à la veille de la crise sanitaire, près d’un quart des salariés du secteur privé travaillaient sous contrat à durée limitée à La Réunion, une proportion plus élevée que la moyenne nationale. Cette surreprésentation des CDD et des contrats courts est particulièrement marquée dans les secteurs où la sous-traitance est intense : BTP, activités de soutien aux entreprises, hébergement-restauration, services à la personne.

Les entreprises et associations réunionnaises recourent davantage aux CDD qu’en métropole, tout en utilisant un peu moins l’intérim. Elles bénéficient aussi plus fréquemment d’emplois aidés, en particulier dans les services aux particuliers et dans le commerce. Or, ces dispositifs publics viennent souvent compenser la fragilité structurelle des emplois sous-traités, en aidant les employeurs à absorber les fluctuations d’activité. En quelque sorte, la puissance publique amortit une partie du risque induit par l’externalisation.

Après la crise Covid, la dynamique s’est encore accentuée. Dès 2021, alors que la reprise économique se confirmait, les contrats courts ont été massivement mobilisés à La Réunion pour accompagner la hausse de la demande. Les embauches en CDD et en missions d’intérim ont nettement augmenté, tirant la croissance de l’emploi mais sans toujours renforcer la qualité des postes créés. L’INSEE souligne aussi l’essor des contrats d’apprentissage, notamment soutenus par le Plan de relance, souvent en cohérence avec les besoins de main-d’œuvre à venir dans certains secteurs.

Ces chiffres confirment que la sous-traitance et les formes particulières d’emploi vont de pair. Plus une activité est externalisée, plus elle est susceptible d’être exercée sous des contrats à durée limitée ou des formes atypiques. Pour les décideurs publics comme pour les partenaires sociaux, les données statistiques deviennent un outil indispensable pour objectiver ces liens et cibler les politiques d’emploi sur les segments les plus vulnérables du marché du travail réunionnais.

Cartographie des bassins d’emploi : Saint-Denis, Saint-Pierre, le port et zones franches

La géographie de la sous-traitance à La Réunion épouse celle des principaux bassins d’emploi de l’île. À Saint-Denis, cœur administratif et tertiaire, les sous-traitants se concentrent dans les services : informatique, centres d’appels, nettoyage de bureaux, restauration collective, sécurité privée. De nombreuses PME vivent quasi exclusivement de marchés publics ou parapublics, nouant des relations de dépendance forte avec quelques grands donneurs d’ordre institutionnels.

Dans le Sud, autour de Saint-Pierre, la sous-traitance s’articule davantage avec le tissu hospitalier, l’enseignement supérieur et les services à la population, mais aussi avec le BTP et la petite industrie. Les entreprises sous-traitantes y sont souvent de très petite taille, avec un ancrage local fort mais des marges de manœuvre financières limitées. Leur capacité à offrir des emplois stables dépend largement de la continuité des contrats obtenus auprès des collectivités et grandes entreprises.

Le Port et ses environs constituent un autre pôle stratégique. Autour des terminaux portuaires et des plateformes logistiques, une multitude de prestataires interviennent : manutention, entreposage, transport routier, réparation navale, gardiennage. Ce bassin concentre une part importante des emplois indirects liés au commerce extérieur de l’île. Les zones franches et zones d’activités attenantes abritent également des entreprises de transformation et de distribution, qui recourent massivement à la sous-traitance pour la logistique et les services généraux.

Au-delà de ces grands pôles, des zones d’activités situées en périphérie (zones franches, technopôles, parcs d’activités) accueillent des entreprises industrielles et de services fortement insérées dans des chaînes de sous-traitance. On y retrouve souvent le même schéma : une ou deux entreprises phares, parfois filiales de groupes extérieurs, entourées d’un réseau de prestataires locaux plus fragiles. La carte de la sous-traitance recouvre ainsi largement celle des inégalités territoriales d’emploi : les communes où le chômage est le plus élevé sont aussi celles où l’on trouve le plus fort recours à l’externalisation pour les emplois peu qualifiés.

Corrélation entre taux de chômage départemental et recours à la sous-traitance

La Réunion est marquée par un chômage structurellement élevé, qui oscille autour de 18 à 20 % depuis de nombreuses années, avec des pics encore plus forts chez les jeunes. Dans ce contexte, la sous-traitance apparaît, à première vue, comme un levier pour créer des emplois supplémentaires, en permettant à des PME locales de se positionner sur des segments de marché autrefois internalisés. Mais cette dynamique a un revers : elle peut aussi entretenir un « stock » d’emplois précaires, peu sécurisés, concentrés dans des secteurs très dépendants de la conjoncture.

Les analyses régionales montrent que le recours à la sous-traitance est souvent plus intense dans les zones où le chômage est le plus fort, notamment dans certaines communes de l’Ouest et du Sud. Pourquoi ? Parce que l’abondance de main-d’œuvre disponible rend plus facile la mise en concurrence des travailleurs, et parce que les petites entreprises sous-traitantes y acceptent des conditions tarifaires tendues pour décrocher des contrats. Cette spirale peut contribuer à maintenir des salaires bas et à limiter l’investissement dans la formation, perpétuant ainsi le cercle vicieux de la précarité.

Pour autant, la corrélation n’est ni automatique ni univoque. Quand les pouvoirs publics et les grands donneurs d’ordre intègrent des clauses sociales, de formation ou d’insertion dans leurs appels d’offres, la sous-traitance peut au contraire devenir un outil de lutte contre le chômage. Elle permet alors à des publics éloignés de l’emploi de remettre un pied sur le marché du travail, dans un cadre encadré et accompagné. Tout l’enjeu est de savoir de quel côté basculera l’équilibre : vers la simple flexibilité, ou vers une véritable politique de développement des compétences à l’échelle du territoire.

En définitive, la relation entre chômage et sous-traitance à La Réunion ressemble à un miroir à double face. D’un côté, la pression du chômage rend l’externalisation « rentable » pour les donneurs d’ordre, en tirant vers le bas les conditions d’emploi des sous-traitants. De l’autre, bien encadrée, elle pourrait devenir un vecteur de création d’emplois qualifiés et durables. La réponse dépendra largement des choix politiques, des pratiques des grandes entreprises et de la capacité des acteurs locaux à négocier des règles du jeu plus équilibrées.

Précarisation et qualité de l’emploi dans les chaînes de sous-traitance

Au-delà des volumes d’emplois, la sous-traitance interroge frontalement la qualité de l’emploi à La Réunion. Quels types de contrats sont proposés ? Comment évoluent les salaires et les conditions de travail au fur et à mesure que l’on descend dans la chaîne de production ? Les salariés des sous-traitants ont-ils réellement les mêmes droits que ceux des donneurs d’ordre ? Les études menées en métropole montrent que plus le rang de sous-traitance est bas, plus la précarité augmente. Les constats disponibles à La Réunion vont dans le même sens.

CDD, intérim et temps partiel subi : statistiques DIECCTE réunion

Les données de la DIECCTE (devenue DREETS) et de l’INSEE confirment une forte présence des contrats à durée limitée dans l’économie réunionnaise. En 2019, près d’un salarié privé sur quatre était en contrat à durée déterminée, une proportion déjà élevée, à laquelle s’ajoute le poids de l’intérim dans certains secteurs. Dans le BTP, la logistique, la restauration ou les services à la personne – tous fortement utilisateurs de sous-traitance – les CDD et missions d’intérim représentent une part significative des entrées en emploi.

Le temps partiel, souvent subi, est également fréquent, en particulier dans les services sous-traités (nettoyage, sécurité, centres d’appels). De nombreux salariés cumulent plusieurs petits contrats pour atteindre un revenu décent, jonglant avec des plannings variables et des amplitudes horaires importantes. Cette flexibilité, présentée comme un atout économique pour les entreprises, se traduit pour les travailleurs par une instabilité de revenus et une difficulté accrue à concilier vie professionnelle et vie familiale.

La concentration des contrats courts dans les entreprises sous-traitantes n’est pas un hasard. Comme le montrent les travaux de recherche sur la sous-traitance en France, les donneurs d’ordre utilisent souvent l’externalisation comme un moyen de contourner certaines contraintes liées au droit du travail (seuils d’effectifs, obligations de représentation du personnel, etc.). À La Réunion, où le tissu économique est composé majoritairement de petites entreprises, cette tendance est renforcée : de nombreuses structures sous-traitantes se situent en dessous des seuils qui déclenchent certaines obligations sociales.

Pour les salariés, la conséquence est claire : l’accès à un CDI à temps plein, assorti de droits collectifs forts, est plus fréquent dans les grandes entreprises donneuses d’ordre que dans les petites structures de sous-traitance. La dualisation du marché du travail se joue donc autant dans la nature des contrats que dans la place occupée dans la chaîne de valeur.

Écarts de rémunération entre salariés des entreprises principales et sous-traitantes

La question des écarts de rémunération est au cœur de l’impact social de la sous-traitance. À tâches équivalentes et compétences comparables, les salariés des entreprises principales et ceux des sous-traitants sont-ils payés de la même manière ? Dans les faits, les études menées en France métropolitaine montrent régulièrement un différentiel défavorable aux salariés des preneurs d’ordre, en particulier lorsqu’ils se situent en bout de chaîne.

À La Réunion, les témoignages syndicaux et les constats de terrain vont dans le même sens. Dans le nettoyage, la sécurité, la logistique portuaire ou certains segments du BTP, il n’est pas rare que des salariés travaillant sur le même site, dans les mêmes conditions, perçoivent des salaires différents selon qu’ils sont employés directement par le donneur d’ordre ou par un prestataire. Les conventions collectives appliquées ne sont pas toujours les mêmes, et les marges de négociation salariale des petites entreprises sous-traitantes sont souvent réduites.

Ces écarts de rémunération s’accompagnent parfois de différences dans les avantages annexes : primes, treizième mois, mutuelle, intéressement ou participation. Les grandes entreprises, notamment publiques ou parapubliques, disposent généralement de dispositifs plus favorables que les petites structures privées. Or, lorsqu’une activité est externalisée, ces avantages peuvent être perdus pour les salariés concernés, même si le contenu de leur travail reste similaire.

Cette situation alimente un sentiment d’injustice au sein des équipes, particulièrement sur les grands chantiers ou les sites industriels où cohabitent plusieurs statuts. À long terme, elle peut aussi peser sur l’attractivité de certains métiers sous-traités, les jeunes Réunionnais privilégiant les postes « en interne » perçus comme mieux rémunérés et plus protecteurs. La sous-traitance devient alors, pour beaucoup, un second choix plutôt qu’un véritable projet professionnel.

Conditions de travail et accidentologie professionnelle dans la sous-traitance BTP

Les conditions de travail constituent un autre angle critique de l’impact de la sous-traitance sur l’emploi. Dans le BTP réunionnais, les sous-traitants occupent très souvent les postes les plus exposés aux risques : travaux en hauteur, manutention manuelle, interventions sur des zones difficiles d’accès, horaires décalés. Plus on descend dans la chaîne, plus la pression sur les délais et les coûts se répercute directement sur l’organisation concrète du travail.

Les études nationales rappellent que les salariés des sous-traitants présentent généralement des taux d’accidents du travail plus élevés que ceux des entreprises principales, notamment dans les secteurs à forte intensité de main-d’œuvre. À La Réunion, les données disponibles de la Caisse générale de sécurité sociale et de la DIECCTE confirment une sinistralité importante dans le BTP, avec une surreprésentation des PME et des très petites entreprises. Manque de formation aux gestes de sécurité, équipements parfois insuffisants, difficultés à interrompre un chantier en cas de doute : autant de facteurs aggravants.

Les donneurs d’ordre restent juridiquement responsables de certaines obligations en matière d’hygiène et de sécurité, en particulier en situation de coactivité sur un même chantier. Cela explique que les formations obligatoires (sécurité, habilitations, etc.) soient plus fréquemment imposées aux sous-traitants, parfois comme condition d’accès au marché. Mais si ces formations contribuent à réduire les risques, elles ne suffisent pas toujours à compenser les effets d’une organisation de travail sous tension, où la pression économique se répercute jusqu’au dernier maillon de la chaîne.

Au-delà des accidents visibles, la sous-traitance peut aussi accentuer les risques psychosociaux : incertitude sur la durée des contrats, sentiment de moindre reconnaissance, difficultés à se projeter dans l’avenir. Pour beaucoup de salariés réunionnais, travailler pour un sous-traitant signifie non seulement un emploi plus précaire, mais aussi un rapport au travail plus anxiogène, où l’on se sait remplaçable à tout moment par un nouvel appel d’offres.

Transfert de compétences et formation professionnelle dans les relations de sous-traitance

La sous-traitance n’a pas que des effets négatifs sur l’emploi : elle peut aussi, dans certains cas, favoriser la diffusion de savoir-faire et le développement des compétences. Sur les grands chantiers ou dans les filières industrielles structurées, les donneurs d’ordre imposent parfois des standards techniques élevés, obligeant les sous-traitants à investir dans la formation de leurs équipes. Pour les salariés, ces exigences peuvent se traduire par des certifications, habilitations ou compétences nouvelles, valorisables ensuite sur le marché du travail.

Cependant, les recherches menées en France montrent que plus une entreprise est dépendante d’un donneur d’ordre et située en bas de la chaîne, moins elle consacre de moyens à la formation au-delà des obligations minimales (hygiène, sécurité, habilitations réglementaires). À La Réunion, ce schéma est facilement observable dans le BTP, la sécurité, le nettoyage ou la logistique. Les sous-traitants de premier rang, mieux dotés financièrement, investissent davantage dans la montée en compétences ; ceux de dernier rang se limitent souvent au strict nécessaire.

Pour les salariés réunionnais, la capacité à se former dépend donc fortement de la place de leur employeur dans la chaîne de sous-traitance. Les grandes entreprises donneuses d’ordre disposent généralement de plans de développement des compétences structurés, d’entretiens professionnels réguliers et de dispositifs de promotion interne. À l’inverse, nombre de petites entreprises sous-traitantes n’ont ni le temps ni les moyens d’organiser une véritable politique de formation, se contentant d’envoyer ponctuellement leurs salariés en stage obligé.

Dans ce contexte, certaines initiatives locales cherchent à inverser la tendance. Des dispositifs cofinancés par la Région, l’État ou les opérateurs de compétences (OPCO) visent à mutualiser la formation entre plusieurs sous-traitants d’une même filière, par exemple dans le BTP ou la filière canne-sucre. Des diagnostics territoriaux menés par l’Aract Réunion ou d’autres acteurs institutionnels mettent aussi en lumière les besoins en compétences selon les bassins d’emploi, pour adapter l’offre de formation continue aux réalités du terrain.

La question clé reste néanmoins celle du pouvoir de décision. Tant que les stratégies de sous-traitance sont pensées avant tout comme un levier de réduction des coûts, la formation des salariés des prestataires restera vue comme une variable d’ajustement plutôt que comme un investissement de long terme. À l’inverse, si les donneurs d’ordre acceptent de cofinancer la montée en compétences de leurs sous-traitants, voire de partager la responsabilité de la formation au sein de la chaîne de valeur, la sous-traitance pourrait devenir un vecteur de professionnalisation durable pour les travailleurs réunionnais.

Cadre juridique et conventionnel : protection des travailleurs réunionnais sous-traités

Face aux risques de précarisation induits par la sous-traitance, le cadre juridique et conventionnel joue un rôle de garde-fou essentiel. À La Réunion, comme en métropole, le code du travail fixe des règles minimales en matière de contrat, de salaire, de durée du travail, de santé et de sécurité. Mais la protection effective des salariés sous-traités dépend aussi de la manière dont ces règles sont appliquées localement, contrôlées par l’inspection du travail et relayées par les conventions collectives et les syndicats.

Application du code du travail local et convention collective applicable

Le droit du travail applicable à La Réunion est, dans son principe, identique à celui en vigueur en métropole, sous réserve de quelques adaptations ultra-marines. Les entreprises donneuses d’ordre et sous-traitantes doivent donc respecter les mêmes obligations en matière de contrat de travail, de rémunération minimale (SMIC), de durée du travail ou de représentation du personnel. Toutefois, la réalité de terrain montre que ces obligations sont parfois plus difficiles à faire respecter dans les petites entreprises sous-traitantes, notamment en raison du manque de moyens et de la dispersion des sites d’intervention.

La question de la convention collective applicable est également centrale. Un salarié de ménage travaillant dans les locaux d’une grande entreprise peut ainsi être rattaché à la convention collective du nettoyage, généralement moins favorable que celle de la branche principale de l’entreprise où il intervient. De même, un agent de sécurité sur un site industriel ne bénéficie pas des mêmes grilles salariales qu’un salarié interne. Cette dualité de statuts est au cœur des écarts de conditions de travail observés entre salariés des donneurs d’ordre et des sous-traitants.

Les services de contrôle (inspection du travail, URSSAF, CGSS) jouent un rôle clé pour lutter contre les abus les plus manifestes : fraudes au temps de travail, non-respect du SMIC, défaut de déclaration, non-application de la convention collective appropriée. À La Réunion, où le tissu d’entreprises est majoritairement composé de TPE-PME, ces contrôles sont toutefois confrontés à un défi d’ampleur : couvrir un territoire vaste, avec une multitude de petits employeurs parfois peu au fait de toutes leurs obligations.

Pour les salariés sous-traités, connaître leurs droits et identifier la convention collective qui s’applique à leur contrat devient une compétence à part entière. Les syndicats, associations et services de renseignements en droit du travail restent des interlocuteurs privilégiés pour les accompagner. Mais encore faut-il que l’information circule, et que les conditions soient réunies pour que la parole des travailleurs puisse se faire entendre sans crainte de représailles.

Responsabilité solidaire des donneurs d’ordre : jurisprudence du tribunal de Saint-Denis

Le droit français prévoit, dans certaines situations, une responsabilité solidaire du donneur d’ordre vis-à-vis des manquements de ses sous-traitants, par exemple en matière de paiement des salaires, de conditions de sécurité ou de travail dissimulé. À La Réunion, le Tribunal judiciaire de Saint-Denis a eu à connaître de plusieurs dossiers où la chaîne de sous-traitance était en cause, notamment dans le BTP et les services.

Ces décisions rappellent que les donneurs d’ordre ne peuvent pas se décharger totalement de leurs responsabilités sociales sur leurs prestataires. Lorsque des infractions graves sont constatées (travail illégal, non-paiement des salaires, non-respect des règles de sécurité sur un chantier), la justice peut mettre en cause le donneur d’ordre, surtout si celui-ci n’a pas exercé les contrôles auxquels il est tenu. Cette responsabilité solidaire est un levier important pour inciter les grandes entreprises à sélectionner leurs sous-traitants sur d’autres critères que le seul prix.

Concrètement, certaines collectivités ou grandes entreprises réunionnaises renforcent déjà leurs procédures de vérification : exigence d’attestations sociales et fiscales à jour, audits des conditions de travail chez les sous-traitants, clauses de résiliation en cas de manquements répétés. Ces pratiques, encore inégales selon les secteurs, traduisent une prise de conscience progressive du fait que la réputation sociale d’un donneur d’ordre peut être entachée par les abus commis dans sa chaîne de sous-traitance.

Pour autant, la mise en œuvre de cette responsabilité solidaire reste souvent réactive, déclenchée après coup, lorsqu’un conflit éclate ou qu’un accident survient. L’enjeu, pour l’avenir, serait de la penser de manière préventive : intégrer systématiquement des critères sociaux et de formation dans les appels d’offres, conditionner une partie du paiement à la preuve du respect des droits des salariés, ou encore associer les sous-traitants à des démarches communes de prévention des risques et de développement des compétences.

Rôle de la CGTR, FO réunion et autres syndicats dans la défense des sous-traitants

Dans ce contexte, les organisations syndicales réunionnaises – CGTR, FO Réunion, CFDT, CFTC, UNSA, entre autres – jouent un rôle crucial pour la défense des salariés sous-traités. Elles interviennent tant au niveau des entreprises donneuses d’ordre qu’auprès des prestataires, en tentant de faire reconnaître les droits des travailleurs tout au long de la chaîne. Les conflits sociaux liés aux marchés de nettoyage, de sécurité, de transport ou de BTP ont régulièrement mis en lumière cette réalité.

Les syndicats alertent depuis plusieurs années sur l’« effet ciseaux » de la sous-traitance : pression à la baisse sur les tarifs, marges réduites pour les prestataires et, in fine, compressions sur les conditions de travail et les salaires. Ils revendiquent souvent des alignements de droits entre salariés internes et salariés sous-traités intervenant sur un même site, ou au minimum des garanties renforcées lors des changements de prestataires (reprise de personnel, maintien des acquis sociaux, etc.).

Au-delà des actions contentieuses (prud’hommes, mobilisation lors de plans sociaux, soutien aux grèves), les syndicats tentent également de peser sur les politiques publiques locales. Ils participent aux instances de dialogue social régionales, aux négociations de branche et aux concertations sur les grands projets (NRL, aménagements portuaires, zones d’activités). Leur objectif : inscrire des clauses sociales et de formation ambitieuses dans les marchés publics, afin que la sous-traitance ne se traduise pas systématiquement par une dégradation de l’emploi.

Pour les salariés sous-traités, souvent dispersés dans de petites structures, l’adhésion syndicale peut constituer un appui précieux. Elle leur permet de mutualiser leurs revendications, d’accéder à des conseils juridiques et de peser davantage face à des donneurs d’ordre puissants. Mais la faiblesse de la syndicalisation, particulièrement dans certaines branches très précarisées, reste un frein majeur. Le renforcement de la représentation collective des travailleurs sous-traités apparaît dès lors comme un enjeu démocratique autant que social.

Perspectives d’évolution : relocalisation versus externalisation offshore depuis la réunion

L’avenir de la sous-traitance à La Réunion se joue à la croisée de plusieurs tendances contradictoires. D’un côté, la pression concurrentielle et la recherche de coûts toujours plus bas poussent à l’externalisation, y compris hors du territoire, vers des pays à bas salaires. De l’autre, les enjeux de souveraineté, de sécurité d’approvisionnement, de transition écologique et d’emploi local militent pour une relocalisation partielle des activités, ou du moins pour un ancrage plus fort des chaînes de valeur dans l’île.

Dans certains secteurs, comme le numérique ou les services de support, l’externalisation offshore est techniquement facile : un centre d’appels peut être délocalisé à quelques milliers de kilomètres, un développement logiciel confié à une équipe située sur un autre continent. La Réunion se retrouve alors en concurrence non seulement avec la métropole, mais aussi avec Madagascar, Maurice ou l’Inde. Sans stratégie claire de montée en gamme et de spécialisation, le risque est réel de voir une partie des emplois potentiels se créer ailleurs.

À l’inverse, dans les secteurs ancrés dans le territoire – BTP, énergie, transport, agro-alimentaire – la relocalisation est déjà une réalité, puisque l’exécution du travail ne peut pas être dématérialisée. L’enjeu y est plutôt de « reterritorialiser » la valeur ajoutée au sein de la chaîne de sous-traitance : favoriser les PME locales, encourager la montée en compétences des prestataires réunionnais, sécuriser les parcours professionnels des salariés. Autrement dit, ne pas se contenter d’avoir l’activité sur place, mais veiller à ce qu’elle génère des emplois durables et qualifiés pour la population locale.

Pour les pouvoirs publics comme pour les donneurs d’ordre, plusieurs leviers peuvent être mobilisés : clauses de contenu local dans les marchés, exigences de formation et d’insertion, soutien à la structuration de filières de sous-traitance (clusters, pôles de compétitivité), incitations financières pour les entreprises qui investissent dans la qualité de l’emploi. La transition écologique et la nécessaire adaptation de l’île aux risques climatiques pourraient aussi être l’occasion de repenser les chaînes de valeur, en privilégiant des solutions de proximité plutôt que des montages trop fragmentés et dépendants de l’extérieur.

Pour les travailleurs réunionnais, l’enjeu est clair : faire de la sous-traitance non plus un synonyme de précarité, mais un possible tremplin vers des carrières solides et évolutives. Cela suppose de renforcer le dialogue social, de développer une culture du partenariat entre donneurs d’ordre et sous-traitants, et de placer la formation au cœur des stratégies économiques. À terme, la question n’est peut-être pas de savoir s’il faut ou non recourir à la sous-traitance, mais dans quel cadre et avec quelles garanties sociales elle peut devenir un véritable outil de développement pour l’emploi à La Réunion.